JESSY TRÉMOULIÈRE : MEILLEURE JOUEUSE À XV DU MONDE 2018 ET AGRICULTRICE
« On ne rend pas le métier attractif en fait. On le dévalorise pour moi. L’année dernière, il y a eu une grosse révolution des paysans à faire des blocus. Ça a été quand même assez loin mais c’était un coup d’épée dans l’eau ! »
Si on prend des personnes lambdas dans la rue, que pensez-vous du métier d’agriculteur ? C’est un métier ingrat. En France, on nous dit de faire des économies, on fait énormément de choses. À contrario, quand tu vois des pays, tu fais : « Nous, on nous impose ça, on nous met des taxes là-dessus et tout ». On ne rend pas le métier attractif en fait. On ne le valorise pas, on le dévalorise pour moi. L’année dernière, il y a eu une grosse révolution des paysans à faire des blocus. Ça a été quand même assez loin et pour moi, c’est un coup d’épée dans l’eau.
Jessy Trémoulière – Salut, moi c’est Jessy Trémoulière. Je suis ancienne joueuse de l’équipe de France. Je joue actuellement avec l’ASM Romagnat depuis maintenant 12 ans – 13 ans. Aussi, à côté, je suis éleveuse dans la région brivadoise sur la ferme familiale de mon papa.
En Vrai – Comment vois-tu l’agriculture aujourd’hui ?
JT – Il est dans le flou total au niveau de la météo. Les années se suivent et ne se ressemblent pas. On le voit sur des années de sécheresse. Nous, en tant qu’agriculteur, on est énormément dépendant de la météo et en fait ça va d’un extrême à l’autre. En tant qu’agriculteur, on n’a pas la même mise sur énormément de choses. Le coût des produits, mon laitier, il arrive : « Bah aujourd’hui, c’est tant les mille litres » . Demain, il va dire : « C’est tant », parce que politiquement c’est eux qui dirigent tout. On dit qu’on est une France où on a la meilleure gastronomie mondiale, quoi. Ben, on va perdre un peu cette étiquette-là parce que ben on va rien produire, on va plus rien produire.
Et même gastronomiquement, qu’est-ce que l’on va manger ? Du poulet de Roumanie et de la viande qui vient de Nouvelle-Zélande.
Les moyens sont très bas. Les aides dans quelques années vont être inexistantes et ça va être : « Ben les agriculteurs, vous vous débrouillez avec les peu de moyens que vous avez. Et par contre, faut que vous travailliez du 1er janvier au 31 décembre, du lundi 6h – 5h du matin au dimanche 21h le soir quoi ». Bah, dites à un jeune de travailler et que vous n’avez pas trop de week-ends, pas trop de soirées non plus et à la fin vous touchez le SMIC. Allez, on est gentil, le SMIC. On ne rend pas le métier attractif en fait, on ne le valorise pas, on le dévalorise pour moi.
Je pense que je ne suis pas à plaindre parce qu’on alimente grâce à l’exploitation. Il y a ça aussi, je pense que le jour où j’arrête le monde agricole et je vais aller payer mes courses, ça ne sera pas la même.
Avec les outils qu’il y a à l’heure actuelle, on peut très bien en vivre. Mais le problème, c’est qu’il y a trop d’investissements et très peu d’aide sur les investissements en fait, parce que ben les matériaux coûtent cher, les bâtiments coûtent cher et si on n’a pas une bonne structure, si on ne valorise pas nos produits derrière, ben c’est l’exploitation qui se casse la figure.
L’année dernière, il y a eu une grosse révolution des paysans à faire des blocus. Ça a été quand même assez loin et pour moi, c’est un coup d’épée dans l’eau. Il y a eu que des belles paroles, que des belles phrases. En fait, si tu reviens un an après, qu’est-ce qui s’est passé ? Et derrière, il n’y a rien eu, quoi.